La location-gérance est la troisième voie pour démarrer comme chauffeur de taxi. Ni achat, ni attente sur liste municipale : vous exploitez la licence de quelqu'un d'autre contre un loyer. C'est souvent la solution la plus rapide pour commencer, mais elle obéit à des règles précises, et le marché reste tendu dans les grandes villes.
La location-gérance, c'est quoi exactement
Une autorisation de stationnement (ADS), souvent appelée "licence" ou "plaque", est le droit d'exercer comme taxi sur une commune donnée, avec la maraude et le stationnement aux bornes. Tout le monde n'en possède pas. Certains titulaires ne peuvent ou ne veulent plus l'exploiter eux-mêmes : retraite progressive, problème de santé, autre activité. Plutôt que de la vendre, ils la confient à un autre conducteur.
C'est le principe de la location-gérance. Le propriétaire de l'ADS reste titulaire de la licence. Vous, le locataire-gérant, l'exploitez à votre compte, à vos risques et profits, contre un loyer versé chaque mois. Point important : la location porte obligatoirement sur l'ADS et sur le véhicule équipé taxi. Vous ne louez pas la licence seule, mais l'ensemble licence plus voiture aménagée (taximètre, lumineux, plaque).
Le statut est encadré par le code de commerce, articles L144-1 à L144-13, qui régissent tous les contrats de location-gérance, et par l'article L3121-1-2 du code des transports pour la partie taxi.
Qui peut louer une ADS : la barrière du 1er octobre 2014
C'est la règle la plus importante à comprendre, et celle qui surprend beaucoup de candidats.
Depuis la loi du 1er octobre 2014, dite loi Thévenoud, les ADS sont séparées en deux familles :
- Les ADS délivrées avant le 1er octobre 2014 ("anciennes ADS"). Elles restent cessibles, c'est-à-dire qu'elles peuvent se vendre, et surtout elles peuvent être données en location-gérance.
- Les ADS délivrées à partir du 1er octobre 2014 ("nouvelles ADS"). L'article L3121-1-2 du code des transports impose que le titulaire les exploite personnellement. Elles sont incessibles, valables 5 ans renouvelables, et ne peuvent pas être louées.
Conséquence directe : vous ne pouvez louer qu'une ancienne ADS. Ce qui compte, c'est la date inscrite sur l'arrêté de délivrance original de l'autorisation, pas la date d'immatriculation du véhicule. Avant de signer quoi que ce soit, demandez à voir cet arrêté et vérifiez la date.
Au fil des années, ces anciennes ADS se raréfient mécaniquement, puisqu'aucune nouvelle licence cessible n'est créée. Le marché de la location se concentre donc sur un stock fermé.
Location-gérance, oui. Location simple, non
Il faut distinguer deux choses qu'on confond souvent.
La location-gérance est légale. Vous exploitez la licence à vos risques et périls, comme un vrai chef d'entreprise indépendant. Vous encaissez les recettes, vous payez vos charges, vous gardez le bénéfice.
La location simple, appelée aussi "location sèche", consistait à louer la plaque pendant une partie de la journée à plusieurs conducteurs, sans transfert réel de l'exploitation. Elle est interdite depuis le 1er janvier 2017. Pour les titulaires d'anciennes ADS, seule la location-gérance subsiste comme mode de délégation. Méfiez-vous des offres qui ressemblent à une location à la journée ou en "doublage" non encadré : elles sont hors la loi et vous exposent.
Les conditions pour devenir locataire-gérant
Louer une ADS ne dispense d'aucune des conditions habituelles pour devenir chauffeur de taxi. Vous devez réunir avant de signer :
- la carte professionnelle de conducteur de taxi, obtenue après réussite à l'examen taxi et délivrée par la préfecture ;
- un permis de conduire valide, sans période probatoire, et l'aptitude médicale ;
- une immatriculation comme travailleur indépendant. Le locataire-gérant exploite en son nom, il s'inscrit donc auprès de la chambre de métiers et de l'artisanat (CMA) et relève du statut d'artisan taxi.
Si vous n'avez pas encore la carte professionnelle, c'est le premier chantier. Renseignez-vous sur le déroulé des épreuves et sur le financement de la formation via le CPF et France Travail. Vous pouvez aussi comparer les organismes dans notre annuaire des centres de formation.
Le contrat : ce qu'il doit contenir
Le contrat de location-gérance taxi obéit à un formalisme strict. Plusieurs points sont systématiquement exigés par les préfectures.
- Objet du contrat : il porte sur l'ADS et le véhicule équipé. Le véhicule doit, en principe, être immatriculé au nom du propriétaire de l'ADS, sauf justificatif de propriété.
- Transfert des risques : l'exploitation passe entièrement au locataire-gérant. Vous exploitez sans lien de subordination, ce qui vous distingue du salarié d'un exploitant.
- Pas de sous-location : vous ne pouvez pas re-louer la licence à un tiers.
- Publicité légale : le contrat doit être publié dans un journal habilité à recevoir les annonces légales, en général dans les 15 jours suivant la signature. C'est une formalité obligatoire, pas une option.
- Durée : le contrat peut être à durée déterminée ou indéterminée. La formule courante est un an renouvelable par tacite reconduction.
Pensez aussi à actualiser assurance et carte grise en cas de changement de véhicule en cours de contrat, généralement avec un préavis de 24 à 48 heures auprès de l'autorité compétente. Les pièces demandées varient d'une préfecture à l'autre : arrêté d'ADS original, carte grise, attestation d'assurance, carte professionnelle, contrat enregistré, preuve de publication. Vérifiez la liste exacte auprès de la préfecture ou de la mairie compétente sur la commune de l'ADS avant de constituer votre dossier.
Combien ça coûte : le loyer
Premier réflexe à avoir : il n'existe aucun tarif réglementé pour le loyer d'une ADS. Le montant de la redevance est librement fixé entre le propriétaire et le locataire-gérant. C'est un marché de gré à gré.
Les niveaux varient énormément selon la ville, parce qu'ils suivent la valeur de l'ADS elle-même. Là où une licence se vend très cher, elle se loue cher. À Paris, où la licence atteint des montants élevés à l'achat, les ordres de grandeur évoqués pour le loyer mensuel tournent autour de plusieurs milliers d'euros. En province, dans des villes moyennes, les loyers peuvent être nettement plus bas. Ces chiffres ne sont que des ordres de grandeur observés : ils n'ont aucune valeur officielle et changent selon l'offre locale et la rentabilité de la zone.
À ce loyer s'ajoutent toutes vos charges d'exploitation : carburant ou électricité, entretien, assurance professionnelle, cotisations sociales, comptabilité. Avant de vous engager, posez le calcul complet. Le bon réflexe est de partir de votre chiffre d'affaires probable, puis de soustraire loyer et charges. Notre simulateur et les guides sur ce que gagne un taxi et sur les charges et cotisations vous aident à vérifier que le loyer demandé laisse un revenu décent.
Avantages et limites du modèle
La location-gérance a des atouts réels. Elle évite de mobiliser le capital nécessaire à l'achat d'une licence, parfois très lourd. Elle permet de démarrer vite, sans attendre votre tour sur une liste d'ADS gratuite qui peut durer des années dans les grandes villes. Et elle teste le métier avant un engagement plus lourd.
Les limites sont tout aussi réelles. Vous payez chaque mois un loyer pour un actif qui ne vous appartiendra jamais. Vous dépendez d'un propriétaire qui peut, à l'échéance, ne pas renouveler ou augmenter le loyer. Et le marché des anciennes ADS se réduit dans le temps. À comparer, donc, avec les autres voies d'accès.
Location, achat ou attente : comment choisir
Trois portes d'entrée existent, chacune avec sa logique.
Si vous hésitez encore entre les statuts et les métiers, prenez le temps de lire taxi ou VTC : quel métier choisir et notre guide se reconvertir dans le taxi. Le hub devenir taxi rassemble l'ensemble du parcours, de la formation au premier jour d'activité. Pour le vocabulaire (ADS, maraude, taximètre, conventionnement), le dictionnaire clarifie les termes.
À retenir
- On ne loue que les anciennes ADS, délivrées avant le 1er octobre 2014. Les nouvelles s'exploitent personnellement.
- Le mode autorisé est la location-gérance (ADS plus véhicule), pas la location simple, interdite depuis 2017.
- Il faut la carte professionnelle, l'immatriculation comme indépendant, un contrat publié au journal d'annonces légales.
- Le loyer est libre : aucun tarif officiel, des écarts énormes selon la ville. Vérifiez la rentabilité avant de signer.
- Toutes les modalités locales (pièces, autorité compétente, conditions) se confirment auprès de la préfecture ou de la mairie de la commune de l'ADS.
Sources